Du burn out à la reconversion professionnelle : interview d’une salariée accompagnée par PÔLE SANTÉ TRAVAIL
Fatigue inhabituelle, irritabilité, anxiété, perte de confiance, gorge nouée, … De nombreux signes qui peuvent faire penser à un burnout. Mais le burnout, c’est quoi ? Aussi appelé épuisement professionnel, c’est un trouble psychique résultant d’un stress chronique dans le cadre du travail.[1] Comment le diagnostiquer ? Comment aller de l’avant ? Vers qui se diriger ? Rencontre avec Madame D, salariée qui a vécu un burnout et qui a su rebondir avec l’accompagnement de PÔLE SANTÉ TRAVAIL.
Pouvez-vous vous présenter ?
Je suis Madame D, j’ai 50 ans, je suis maman de deux enfants et mariée.
Comment s’est construite votre carrière professionnelle ?
J’ai évolué pendant 24 ans dans la même entreprise, dans le secteur social. J’ai pu travailler en moyenne 3 ou 4 ans sur différents postes : commerciale de secteur, assistante d’agence puis responsable de secteur. Ces évolutions m’ont permis d’apprendre énormément et de construire ma carrière avec des compétences, des expériences et des rencontres variées.
Comment s’est passée votre dernière expérience professionnelle dans cette entreprise ? Quelles difficultés avez-vous rencontrées dans cette mission ?
Mon dernier poste, celui de responsable de secteur, a été formateur mais particulièrement chronophage. Il a exigé un fort investissement dans un environnement complexe, marqué par des difficultés techniques, sociales et commerciales.
Le secteur auquel j’étais affectée présentait également des problèmes de délinquance, ce qui rendait la situation éprouvante pour toute personne travaillant sur cette zone géographique qu’il s’agisse de salariés de l’agence ou de partenaires sur le terrain.
La sécurité de chacun était remise en cause, ce qui engendrait beaucoup de turn-over.
Comment PÔLE SANTÉ TRAVAIL a pu vous accompagner dans vos difficultés ?
Mon médecin du travail, Dr Karine LEGRAND CATTAN, avait connaissance des problématiques rencontrées sur ce secteur, à la suite des remontées des salariés et de plusieurs droits de retrait, elle a lancé une alerte.
Pour des raisons de santé provoquées par le travail, j’ai quitté ce secteur après 5 ans. A ce moment-là, le burn-out n’a pas encore été diagnostiqué. Le burn-out arrive tout doucement, on ne le voit pas arriver.
Dr LEGRAND CATTAN a été très réactive sur le sujet et a été présente auprès des parties concernées : de moi-même en tant que salariée, de mon employeur et du CSE de l’entreprise.
Comment avez-vous su que vous étiez touchée par un burnout ? Comment la situation a-t-elle évoluée ?
Avant mon arrêt de travail, j’avais déjà identifié plusieurs signes :
- Pressions aux oreilles, baisse d’audition
- Gorge serrée en permanence
- Respiration difficile, crise d’angoisse
- Malaises
- Fatigue
Mais je n’ai pas immédiatement fait le lien avec le travail. J’ai continué à travailler, pensant qu’un peu de repos suffirait jusqu’au jour où cela n’a plus été possible.
C’est important de le souligner, j’étais bien entourée et soutenue dans mon entourage personnel.
Après 3 mois d’arrêt, j’ai voulu reprendre le travail rapidement, mais en concertation avec la responsable des ressources humaines de l’entreprise, nous avons convenu que c’était encore trop tôt. A ce moment-là, je ressentais de la culpabilité de ne pas être au travail, j’avais l’impression d’abandonner.
Le médecin du travail a joué un rôle clé pendant cette période, en m’aidant à déculpabiliser et me rappeler l’importance de penser à moi également.
J’ai tout de même essayé de reprendre le travail à plusieurs reprises, mais le contexte n’était pas favorable. Le mi-temps thérapeutique a permis une reprise en douceur, adaptée à mes capacités.
Nous avons pu faire un point sur la situation avec la Direction des Ressources Humaines et le médecin du travail. Cet échange a été un véritable soulagement, je me suis sentie entendue et comprise. L’entreprise a reconnu les difficultés remontées qui avaient contribué à une dégradation de ma santé.
C’est seulement à la suite de cette réunion que le diagnostic a été posé : burn-out.
A l’annonce de ce diagnostic, le médecin du travail m’a accompagnée progressivement sur les démarches pour reconnaître mon burnout en maladie professionnelle.
Quel rôle le médecin du travail, Dr LEGRAND CATTAN, a t-il joué ?
Dr LEGRAND CATTAN a été un acteur clé de mon parcours. Elle a été un véritable relais, me redirigeant vers les bons interlocuteurs : psychologue du travail, service social de la Carsat,…
Elle a également entretenu une collaboration étroite avec mon médecin traitant, grâce à des échanges écrits réguliers reprenant nos entretiens. Cette coordination a été déterminante pour structurer mon parcours et orienter les décisions médicales et administratives.
Les professionnels de santé ne sont pas toujours formés à l’accompagnement spécifique des personnes touchées par un burnout. C’est important d’être entouré par des interlocuteurs sensibilisés à cette problématique, car sans cela, on peut rapidement se sentir isolé et incompris.
Tout au long de cette période, j’ai très régulièrement sollicité Dr LEGRAND CATTAN qui a été disponible pour me recevoir et m’a permis d’avancer grâce à son écoute, son soutien et ses conseils.
Le parcours a été long, mais mon burn-out a finalement été reconnu en maladie professionnelle hors tableau. Cette reconnaissance a constitué une étape majeure : elle a validé la réalité de ce que j’avais traversé et a joué un rôle fondamental dans ma reconstruction.
Par la suite, j’ai pu envisager la suite de ma carrière professionnelle et bénéficier d’accompagnements adaptés. Avec Cap emploi, j’ai constitué un dossier de Reconnaissance en Qualité de Travailleur Handicapée (RQTH), réalisé un bilan de compétences et effectué des immersions professionnelles. Ces expériences m’ont permis de découvrir de nouveaux environnements mais surtout de renouer avec mes capacités et ma confiance.
Comment avez-vous repris votre carrière après toutes ces étapes ?
Ces quelques immersions professionnelles ont confirmé mon choix de reconversion. Elles m’ont permis de me rendre compte que j’avais toujours « envie ». J’avais besoin de reprendre confiance, de me sentir légitime et de me préparer à ce nouveau projet professionnel.
Portée par une forte détermination, soutenue par mon entourage et par les rencontres marquantes qui ont jalonné mon parcours, j’ai entrepris les démarches pour rechercher une formation et reprendre mes études.
Grâce à la validation des acquis professionnels et personnels (VAPP), j’ai pu candidater à un niveau Master. Cette étape a été particulièrement structurante : rédiger mon parcours, identifier les compétences développées et les responsabilités exercées m’a permis de prendre conscience du chemin parcouru. On ne prend pas toujours le temps de regarder en arrière pour mesurer tout ce que l’on a construit.
À presque 50 ans, j’ai été acceptée dans les 2 masters auxquels j’avais candidaté ! Après avoir choisi l’un d’entre eux, j’ai entamé une année de formation intensive, ponctuée d’un stage. Ce stage m’a offert l’opportunité de mettre en pratique mes acquis dans un milieu professionnel porteur de sens, où je me suis sentie utile et à ma place.
En septembre 2025, j’ai obtenu mon diplôme. Cette réussite a marqué l’aboutissement d’un long processus de reconstruction professionnelle.
Ce parcours, bien que long et complexe, a été nécessaire. Il m’a permis de franchir des étapes, d’accepter certains deuils et de me projeter vers un avenir professionnel plus aligné avec mes valeurs.
Depuis, j’ai signé un nouveau contrat et démarré une nouvelle expérience professionnelle dans laquelle je me sens pleinement à ma place.
Quel serait votre conseil pour les personnes qui sont dans la même situation que vous ? Qui sentent que leur santé au travail se dégrade ?
Mon conseil est d’être attentif aux signaux que votre corps vous envoie et surtout, ne pas hésiter à solliciter votre médecin du travail. Il joue un rôle essentiel pour votre santé au travail et peut être un véritable allié pour vous aider dans votre reconstruction !